Miroir d'Ellénore

Jacques Boisgallais, 2013

Ellénore est un drame dont la trajectoire s’étend comme un grand crescendo. Et, pour la traduire, la forme du quatuor à cordes paraît la plus adéquate. Par la finesse des nuances, l’ambitus des tessitures, la force des accents, la variété des coups d’archet, les cordes peuvent exprimer toutes les dynamiques croisées de la progression dramatique. Plus qu’un parallélisme avec le déroulement du texte littéraire, elles créent une symbiose entre les divers éléments de la pièce (style d’écriture, jeu des acteurs, contrastes des situations, évolutions psychologiques).

Musicalement, il fallait a priori rejeter toute prétention descriptive… À une exception, la séquence des « Oiseaux » (Prologue de l’Acte IV), qui nous fait pénétrer une nature foisonnante, décor permanent des développements conflictuels de la pièce… pour le meilleur et pour le pire… Quelques motifs servent de « pivots sonores » à l’action dramatique. L’évocation de La Fille aux cheveux de lin de Claude Debussy apparaît plusieurs fois, en filigrane et à découvert. Et dans la scène du mariage, l’emprunt déformé d’un thème de Lohengrin rend burlesque cette scène de « noces inversées »…

Enfin, les chansons de Gaël et d’Ellénore, par leur lyrisme et leur simplicité mélodique, humanisent des rapports qui vont se tendre jusqu’à la rupture. Leur aspect mi-modal mi-tonal traduit un balancement équivoque où rêve et réalité se combattent, se confrontent, se confondent. L’intervention finale d’une Ellénore intemporelle et transfigurée referme, par son chant monocorde d’outre-monde, ces pages désespérées… La musique s’éteint alors doucement sur un large accord de trémolos suspensif.