Olivier Dhénin a œuvré sur plusieurs livres lors de sa résidence au Domaine des Treilles : Waldstein, pièce de théâtre pour laquelle il a été lauréat, mais également Aquis submersus et La Cantate de Tristan de Loonois. Ces deux fragments de drame initialement composés en Alaska en 2013 et 2014 avaient été oubliés. Aquis submersus présentait plusieurs scènes éparses d'un drame en cinq actes autour de la vie du chirurgien de marine Gustave Viaud, frère de Pierre Loti. Ne conservant que l'ouverture et la clôture de la pièce, Olivier Dhénin en a fait un oratorio dramatique en trois mouvements concentré autour de la seule mort tragique du personnage, immergé au large de Ceylan. La Cantate de Tristan de Loonois en revanche s'est vue compléter de plusieurs pages afin de former un poème dramatique en sept tableaux. Enfin, pour rendre compte de cette retraite provençale, le poète a raconté ses impressions au travers de cinq Églogues.

PAYS

ÉGLOGUE 1 : PAYS Ce qui t’aura marqué le plus ce sera le paysage. L’harmonie des lignes qui se déplient à l’horizon. Le massif des Maures dans la perspective inachevée du jour qui décline et recommence. Combien de lignes ? — Sept, tu crois. Tu ne les as jamais vraiment comptées. — Comme dans les estampes japonaises, tu crois. — Les gris les mauves qui se diluent.

Tu aurais aimé avoir ta boite d’aquarelle pour tenter de figer ces monts lointains — SI LOINTAINS — et ces ciels céruléens. Les pins d’Alep, qui se détachent partout alentour, — augustes dans leurs sempiternels habits d’épines — tu aimerais y grimper, et voir le dénivelé des cultures des lavandes des oliviers qui s’étendent par paliers. ENTRE LES SAISONS, tu les retrouves tu ramasses les pommes de pins tu ressens la pluie d’été qui les imprègne humides moites molles comme des fruits poisseux.

La sève se distille sur tes paumes renversées en offrande et luisantes au soleil. Les cyprès aussi, tu les contemples, inlassablement. Ça te rappelle le Péloponnèse la Chypre TU CROIS À UNE NOUVELLE ARCADIE secrète, cachée, loin des autres hommes. Ce voyage passé de ton enfance à Olympie à Delphes — pour le sanctuaire et la Pythie — tu te remémores les ternes fanées perdues visions fugitives

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Ici : pas de Loxias SI CE N’EST HAUT DANS LE CIEL. Ici : tu t’inclines devant le Capricorne IDOLE SACRÉE TOTEM PROFANE qui règne sur cette terre silencieuse et sur ces bois tendres et profonds bois forêts paisibles chatoyants chatoyés par la seule lumière des astres cachée par le seul souffle du Mistral par la seule empreinte du temps.

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